KILL THE BEAT – LA JONCTION

Ce week end a eu lieu la troisième édition de KILL THE BEAT, un évènement coloré rap indépendant. KILL THE BEAT est un festival initié par HIP HOP Support et RZ prod. Il prend place au FLOW , l’unique salle en France totalement dédiée aux HIP HOP. Le centre euro régional des musiques urbaines est né afin de permettre la diffusion de cette culture mais aussi sa création. On ne peut penser mieux en termes d’équipements pour une telle manifestation.

Après deux premières éditions réussies, KILL THE BEAT nous a dévoilé une programmation digne d’un dixième anniversaire : le vendredi on retrouve BASTARD PROD , LA JONCTION , LACRAPS et le samedi FLYNT, LA CHRONIK , SIMS.

Pour mettre en avant le rap indépendant ainsi que les artistes, nous y sommes allés : 


LA JONCTION ET LA DISTRIBUTION EN TANT QU’INDEPENDANT

TU CONNAIS LE RAP DE A à Z T’AS BLOQUE SUR LA J

 

En 2004, La Jonction parcourt la France pour distribuer leur projet Réunion Clandestine. Pour ce faire, ils ont appelé toutes les Fnac de France et les magasins spécialisés, où ils passaient déposer leur CD. Ils s’organisent donc une auto distribution en passant par les villes où ils avaient des radios et petits concerts.

 » A l’époque tout était en format papiers, les magazines spécialisés regroupaient toute l’actualité des petits aux grands. »

Ils contactaient alors les magazines afin d’y être publiés et être connu auprès des amateurs de rap. Ils pouvaient aussi arriver dans des villes en ne connaissant personne et ils y allaient à l’audace avec les CD, les tracts, affiches à coller dans la rue. L’objectif était d’arriver à 10h du matin dans une ville, et à 18h la ville devait être remplie de leurs affiches. Lors de leur retour à Lille la promotion a eu un petit impact.

« il y avait aussi un réseau d’indépendants qui se serrait les coudes. Beaucoup moins individualiste qu’aujourd’hui avec internet où l’on peut faire tout de chez soi sans avoir besoin de réelle aide. A l’époque c’était bon de connaître un MC de Nancy ou un collectif qui faisait bouger les choses à Nantes »

Leur détermination a permis aux associations et festival de les inviter (BIG UP à Nid de Guêpe qui les ont fait venir à Nancy). La machine était lancée. Ce qu’il faut noter aussi c’est que La Jonction était un groupe dit de province: il n’y avait, en tout cas dans le rap, pas encore de maison ou label ailleurs qu’à Paris, ou ils ne les connaissaient pas. Le rap à cette époque n’avait pas la cote qu’il a aujourd’hui.

« On aurait pu aller travailler avec des structures mais on n’avait pas ce réflexe. En plus le rap c’est quelque chose de contestataire. On s’opposait déjà aux majors. On souhaitait créer notre propre réseau car ça donnait du sens à nos paroles. Aujourd’hui dans le rap indépendant il y a ceux qui ont une volonté d’indépendance et ceux qui sont contraints d’y être, à défaut d’autre chose. Mais nous il y avait surtout une méconnaissance de ce monde-là, on n’a jamais démarché avec La Jonction. »

En 2008 ils ont tout de même commencé à démarcher des maisons de distributions afin d’avoir des financements pour les projets suivants :

 « On savait qu’on devait trouver un contrat de distribution pour être visible nationalement car les Fnac ne prenaient plus de disque en direct des indépendants. On trouvait encore quelques dépôts ventes et des distributions qui prenaient le relais comme just like »

Ils signent alors chez Just like Hip Hop pour le projet sortit en 2008. A partir de ce moment, là ils ne pouvaient plus prétendre à une indépendance totale à leurs yeux même si le côté artistique leur appartenait encore à 100%. Mais, comme expliqué, ce n’était pas par choix mais par obligation, ayant quelque peu tourné il fallait que leur public en dehors de Lille puisse avoir accès à leur projet et c’était la seule solution.

« Encore aujourd’hui j’ai sorti mon solo en 2016 alors que je suis vraiment loin d’être le spécialiste dans la structuration, l’organisation mais à un moment donné je me suis dit le gars qui est dans le sud à Nice , le suisse le belge ou même le gars du canada j’ai envie qu’il puisse se procurer mon album en deux clics et ça passait par une distribution. Pourtant je reviens sur mon expérience et me rends compte que les distributions ne jouent pas toujours le jeu puisque sur 1000 CD pressés j’ai dû en vendre 800 dans la région et que ce n’était pas distribué nationalement. Mais à mon échelle je considère que c’est quand même déjà bien sachant que j’ai du vendre 75% de main en main »

En effet, la question de se faire distribuer se complexifie. Aujourd’hui, il est possible de créer un site e-marchand pour s’autodistribuer mais comment faire pour apparaître sur les playlists. Le rôle des distributions a changé avec l’arrivée du streaming d’où l’intérêt de ces dernières plutôt que des plateformes style tunecore.

En 2013, un nouvel album de La Jonction arrive. Entre temps ils sont passés chez Musicast en distribution et se rendent compte que les cds se vendent seulement lors des concerts. En effet la logique a totalement changé : avant il fallait vendre des disques pour pouvoir tourner, aujourd’hui il faut tourner pour vendre des disques. Cela dépend de la logique marketing de l’artiste : si il ne tourne pas un pressage physique ne semble pas utile par contre un stand de merchandising en tournée permet de vendre 5 à 20 cd par date.

L’indépendance en distribution est à nouveau au goût du jour mais la problématique a basculé sur la communication.

« On est à l’époque de l’image, il faut se montrer avec un style à soi, mettre de l’actualité régulièrement, parler avec son public. Aujourd’hui on est à cette époque, et les jeunes sont très forts dans ce domaine de réflexion marketing . Grâce à internet énormément d’artistes indépendants ont pu se faire connaître comme Lacraps qui utilise très bien cet outil par sa présence sur les réseaux sociaux »

Parmi ces artistes de la génération internet il y a deux écoles : ceux qui boostent une actualité en sortant régulièrement des nouveautés et ceux qui mettent toute leur énergie dans un titre avec teaser, clip. Le format de diffusion évolue et tend à proposer des titres plus courts et des albums moins fournis. On retrouve même dans la musique ce qui définit les milléniales par le tout et tout de suite avec des morceaux de 2 min 30. Pourquoi ? Car il faut capter l’attention de ce public en moins de 4 secondes afin de ne pas passer à la trappe. Ce changement modifie même la structure des morceaux :  beaucoup sont introduits par le refrain qui est l’élément fort du titre et captive l’attention de l’auditoire. Pour ce faire, certains artistes utilisent des méthodes empruntées au rock qui consistent à répéter la même phrase sous des flows différents comme par exemple dans Programmé de Nekfeu.

Suite à cette expérience Saknes et Abdel de la structure Hip Hop Support ont monté le label Trabendo Music (Proche de TRZ, rappeur Nancéien et où l’on peut retrouver le rappeur Jidma).

Mais que veut dire être indépendant aujourd’hui en 2018 ?

« Pour beaucoup c’est presque devenu une couleur et c’est très corrélé  boombap mélancolique piano violon c’est presque devenu une étiquette. »

Le rap Indé serait-il devenu un style de rap au-delà d’une démarche artistique ? la question se pose pourtant dans le rap indépendant on ne retrouve pas que du boombap mais aussi du conscient, du ghetto.

Que signifie cette phrase « Je ne veux pas faire de la trap je veux faire du rap indé » les deux seraient-il incompatibles ? Revenons sur la notion d’indépendance exposée au début : c’est celui qui fait tout de A à Z (on bloque sur la J 😉) en sortant son propre billet pour aller presser son projet.

« Et certains ont très bien réussi, si on regarde Demi Portion il a fait sans être signé autant que certains en majors et il l’a fait il y a 10 ans. Mais d’autres sont indépendants, si on cite Jul par exemple alors que ce n’est pas dans la couleur dites indépendant. L’important est de faire la différence entre les produits et les artistes. C’est ça qui est bien dans le rap aujourd’hui; cette pluridisciplinarité des genres de rap. C’est reconnu comme un art et nous on se battait à l’époque pour que ça soit reconnu comme tel. »

Cette reconnaissance a généré des dérives et une récupération du rap par les majors. Le mouvement social à son origine se perd et le rap devient catégorisé quartier, humour, rappeur blanc …

« L’époque change et il faut l’accepter. J’ai mon rap :  celui que je veux véhiculer, avec lequel j’ai grandi mais ça ne veut pas dire que je n’écoute que ce style de rap. J’aime la musique tout court. J’écoute la musique qui me touche. Et ça ouvre des domaines comme la trap, mais ma trap sera différente »

Nous avons donc notre réponse, on peut faire de la trap tout en restant indépendant puisque l’indépendance c’est aussi une question de fonds de paroles et pas que de bpm.

Pour finir La Jonction nous conseille Eli MC & Siren mais aussi Jidma & Balao .

Et quelques citations, saurez-vous retrouver d’où elles sont tirées ?

« La vie est une manif, la France une vitre et moi un pavé »

« Si l’océan est pacifique j’arrive en paix comme tsunami »

« J’ai le goût de l’amertume j’bois que des cafés corsés mes sentiments balancent de la haine à l’amour comme un mariage forcé »

« Pour changer de vie il suffit d’un choix parfois faut fuir les grandes villes où personne ne vit la joie »

LA JONCTION – YT

LA JONCTION – FB

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