Procès Dangnivo : « Nous avons trop souffert … », le cri de colère du frère de la victime, après 16 ans d’attente

La reprise du procès dans l’affaire Pierre Urbain Dangnivo, ce vendredi 26 juin 2026, a été marquée par la déposition de son frère, Grégoire Dangnivo. Elle a duré près d’une heure et demie. À la barre, un homme imposant, mais surtout un frère meurtri par seize années d’attente, de doutes et de souffrances.
« Nous avons trop souffert dans cette affaire », lâche-t-il, la voix étranglée par l’émotion, entre deux larmes.
Pendant toute sa déposition, la salle a senti l’explosion d’une colère contenue depuis plus d’une décennie et demie. Sa voix tonne, ses gestes, amples et nerveux. À plusieurs reprises, les avocats et même le président de la Cour se voient obligés d’intervenir pour l’inviter à retrouver son calme.
Le témoin raconte que la famille a constaté la disparition du cadre du ministère des Finances, Pierre Urbain Dangnivo, le lendemain des faits, après les inquiétudes exprimées par ses deux épouses. Il était devenu injoignable. Les parents consultent alors l’oracle. Il leur aurait été révélé que leur frère était toujours vivant, mais confronté à un problème lié à un refus de paternité d’une grossesse. Dans cette affaire, Prisca Lègba, mère de l’enfant, sera finalement interpellée.(Elle décède dans la procédure, 2 semaines après sa libération).
Un mois plus tard, poursuit Grégoire Dangnivo, la famille est informée par le ministre de la Justice de l’époque, Grégoire Akoffodji, que Pierre Urbain Dangnivo aurait été victime d’un acte de charlatanisme, son corps aurait été retrouvé à Womey. Mais le frère de la victime rejette catégoriquement cette thèse.
« J’ai vu les pieds. Le corps, ce n’était pas Pierre », affirme-t-il avec force.
Il confie avoir toujours eu le sentiment que l’information selon laquelle, on aurait découvert le corps du disparu à Womey, relevait d’une mise en scène. « On se permet d’avoir des doutes » sur le travail accompli par la chaîne judiciaire dans ce dossier, déclare-t-il.
La famille avait d’ailleurs demandé une contre-expertise ADN, dont le coût – 3 349 euros, soit 2 176 850 francs CFA, à la charge de la famille.
Fait marquant de cette déposition, Grégoire Dangnivo disculpe les deux accusés poursuivis dans le dossier.
« Codjo Alofa et Donatien Amoussou n’ont rien à voir avec ce meurtre. Mais Alofa a le devoir de nous dire comment ils ont fait le montage », lance-t-il.
Le témoin confie que la famille nourrit toujours l’espoir de retrouver Pierre Urbain Dangnivo vivant. Mais si celui-ci est décédé, elle réclame au moins la vérité.
« Que l’État nous rende la dépouille au complet pour que nous puissions faire les cérémonies », réclame-t-il.
Selon lui, son frère a été victime d’un crime prémédité. Il rappelle que Pierre Urbain Dangnivo, militant du Parti social-démocrate (PSD), « était un opposant chaud chaud au président ».
L’audience a finalement été renvoyée au 3 juillet 2026. Avant de quitter la barre, Grégoire Dangnivo, visiblement encore chargé d’émotion et de ressentiment, a exprimé son souhait d’être de nouveau entendu lors des prochaines audiences.

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